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RAPPORT DE ABANE RAMDANE AU C.N.R.A (1957)

DOCUMENT INEDIT

PRESENTATION
Lors d’un séminaire d’automne de l’association berbère de recherche, d’information, de documentation et d’animation, A. Sayad invitait les historiens à « réévaluer les effets de la colonisation  et du nationalisme anticolonial ». La déconstruction de la mémoire coloniale et de la mémoire nationaliste est une nécessité pour le renouvellement de notre vision du passé et du présent algérien tant il est vrai que les connotations politiques qu’a prises notre histoire hypothèquent notre devenir. Le champ des sciences sociales a été longtemps livré à des individus et des groupes politiques à qui fait défaut l’éthique de la conviction, et qui choisissent de négocier la vérité pour un combat partisan.


Les événements d’octobre 1988 ont remis au goût  du jour la revendication démocratique. Des discours sont nés hors du pouvoir, qu’il ne contrôle pas, et qui lez troublent. Pour leur faire face, le détournement technique qui consiste à se prévaloir des idées qu’on combat, s’est substitué à l’interdit. La notion de démocratie est devenue l’enjeu de toutes les manipulations et ce, pour mieux voiler la pensée de ceux qui en usent.
Notre hypothèse, maintes fois affirmée, est que la démocratie est une idée neuve qui peut aider à la formation d’une génération nouvelle de citoyens et de chercheurs étrangers au nationalisme élitiste. Encore faut-il avoir le courage de questionner sans complexe l’héritage national, entreprendre des travaux sociologiques sur les dirigeants algériens qui ont mené le pays à la victoire sur le colonialisme en examinant leur pratique à la lumière des facteurs sociaux qui ont contribué de manière décisive à les façonner.
C’est dans cet esprit que nous publions cet inédit attribué à Abane Ramdane, rédigé au nom du Comité de Coordination et d’Exécution (CCE) à l’intention du Conseil National de la Révolution Algérienne (CNRA) réuni au Caire en août 1957. Nous avons choisi de ne pas le commenter mais de l’accompagner de notes brèves pour en faciliter la lecture. Il faut le lire en fonction du contexte d’alors.
- Absence d’ouverture politique française, et donc radicalisation de la guerre.
- Conflits internes, avec comme enjeu la direction du FLN-ALN.

RAPORT DU CCE AU CNRA

PLAN DU RAPPORT
I.    ACTIVITES PASSEES
II.    LE POINT DE LA SITUATION
III.    PERSPECTIVES D’AVENIR

I. ACTIVITES PASSEES
     A. Situation avant le Congrès du 20 août
     B. Le Congrès du 20 août
     C. La crise Mahsas
     D. La sortie du CCE

II. LE POINT DE LA SITUATION
     A.    Nos forces
     B.    Nos insuffisances
     C.    Les forces ennemies
     D.    La révolution Algérienne dans le contexte international

           A.    Nos forces
               1.    A l’intérieur
                    a.    Le FLN
                    b.    Le peuple
                    c.    L’ALN
                    d.    Les finances
                    e.    Les syndicats

               2.    A l’extérieur
                    a.    Notre délégation
                    b.    L’organisation du Maroc
                    c.    L’organisation de Tunisie
                    d.    L’organisation de France

         B.    Nos insuffisances
               1.    A l’intérieur
                    a.    Les armes et leur acheminement
                    b.    Les cadres
                    c.    Notre infrastructure politico-militaire
                    d.    La propagande
                    e.    Les finances
               2.    A l’extérieur
                    a.    Les mauvaises habitudes héritées du passé
                    b.    Le manque de coordination

                    C.    Les forces ennemies
                           1.    L’Armée, la police et les supplétifs
                           2.    La pacification
                           3.    La propagande

                    d.    La Révolution Algérienne dans le contexte international
                           1.    Les afro-asiatiques
                           2.    Le contexte Russo-américain
                                  a.    Les USA
                                  b.    L’URSS
                           3.    L’ONU et l’internationalisation

III. PERSPECTIVES D’AVENIR
     A.    Fermeté sur le principe de l’indépendance
     B.    Renforcement de la propagande
     C.    Refonte de l’infrastructure politico-militaire
     D.    Les finances
     E.    Les cadres
     F.    Armement et logistique.


I.    ACTIVITES PASSEES

           A.    Situation avant le Congrès du 20 août

Les frères qui prirent la décision de déclencher l'insurrection du Ier Novembre 1954 se séparèrent en se donnant rendez-vous dans trois mois. Ce rendez-vous devait leur permettre de faire le point de la situation, d'étudier ensemble les besoins de la Révolution et de désigner une direction.
La rencontre n'eut pas lieu. Trois sur cinq des responsables qui étaient à l'intérieur devaient tomber soit entre les mains de l'ennemi soit au champ d'honneur (Bitat, Ben Boulaïd Mustapha et Didouche). Les responsables qui étaient à l'extérieur n'ont pas pu se rencontrer à l'intérieur à cause du danger que présentait à l'époque un tel déplacement. La liaison interzonale n'existait pas. Les 2/3 du territoire national n'avaient pas bougé, ce qui rendait impossible la jonction des groupes armés existants. La Révolution faute de cette rencontre restera donc sans autorité nationale reconnue. A cela il y a lieu d'ajouter un vide politique effrayant. Le FLN en tant qu'organisation n'était pas encore né. Les quelques responsables qui avaient échappé à la mort et à l'arrestation hésitaient dans leur isolement à prendre des décisions sur les grands problèmes.
Cette situation terrible ne devait heureusement durer que quelques mois.
Petit à petit la Révolution progressait dans tous les domaines. Difficilement la liaison se rétablissait entre les zones Alger-Kabylie, Alger-Oranie, Alger-Paris, Alger-extérieur, et plus tard Alger-Nord constantinois, Cependant la répression interrompait fréquemment cette liaison. Par ailleurs, le FLN commençait à se populariser, d'abord à Alger et ensuite dans le reste du pays. Le mythe de «I'Algérie française» était démoli. Les maquis prenaient de l'ampleur et s'implantaient solidement chaque jour davantage. Le problème algérien était enfin clairement posé.
Devant la poussée insurrectionnelle, les anciennes formations politiques classiques (MTLD, Oulémas, UDMA) s'intégrèrent dans le FLN. Le PCA s'obstina à suivre mais n'ayant aucune base populaire solide, il ne tarda pas à être emporté par la tourmente.
Le rassemblement au sein du FLN de toutes les énergies vives du pays devait faciliter l'union dans le feu de la lutte de tout le peuple algérien.
L'esprit FLN qui avait banni le sectarisme des anciens partis politiques a été pour beaucoup dans cette union du peuple algérien. A ce stade de la lutte, il était indispensable que tous les responsables de l'insurrection se rencontrassent pour confronter les points de vue et se définir dans tous les domaines.
La rencontre eut lieu le 20 août 1956 dans la vallée de la Soummam.
          B.    Le Congrès du 20 Août 1956

On a beaucoup parlé et encore plus écrit sur le Congrès du 20 Août 1956. Certes le Congrès du 20 Août n'a jamais eu la prétention d'être une panacée à tous nos maux, cependant, tout homme de bonne foi est obligé de reconnaître que le Congrès du 20 Août a été la plus belle victoire remportée sur l'ennemi depuis le 1er Novembre 1954.
Au milieu de difficultés sans nombre (alertes, ratissages, embuscades, accrochages), la plupart des responsables de l'Oranais, de l'Algérois et Constantinois ont délibéré 15 jours durant. De ces délibérations devaient sortir :
a. Les organismes dirigeants de la Révolution CNRA et CCE.
On a critiqué la composition du CNRA, pourtant cet organisme reflète l'union nationale réalisée au sein du peuple. Le CNRA, qu'on le veuille ou non, est un organisme représentatif pouvant valablement engager l'avenir du pays.
b. Le principe de la primauté du politique sur le militaire
Ce principe que d'aucuns ont aussi contesté est un principe universel valable dans tous les pays et dans toutes les révolutions car il affirme le caractère essentiellement politique de notre lutte à savoir : l'indépendance nationale.
c. Le principe de la primauté de l'intérieur sur l'extérieur
Là encore on a trouvé à redire. Pourtant ce principe est encore valable pour une foule de raisons dans la moindre est qu'une révolution comme la nôtre ne peut être dirigée que par des hommes qui la vivent et indiscutablement on ne peut vivre la Révolution algérienne qu'à l'intérieur des frontières de l'Algérie.
d. La structure de l'ALN
La structure conçue le 20 Août a permis à l'ALN de devenir une véritable armée avec sa personnalité propre. Les grades, les insignes, la composition des unités, etc. furent uniformisés.
e. Les Assemblées du peuple
Innovation heureuse qui répond à un sentiment profond chez notre peuple : l'amour de la démocratie. Les Assemblées du peuple permettent à nos populations de faire leur apprentissage dans l'art de se gouverner elles-mêmes et au FLN de consolider et d'élargir ses assises populaires.
          C.   La crise Mahsas
Mis au courant de la réunion dès le mois de février 1956, les frères de l'extérieur n'ont pu venir assister au Congrès pour des raisons indépendantes de notre volonté. Il en a été d'ailleurs de même des frères des Aurès-Nemmenchas. Néanmoins, les congressistes décidèrent de retarder la publication des décisions en attendant de recueillir les voux et suggestions des frères absents. Les décisions du Congrès furent d'une part remises aux frères Zirout et Amirouche chargés de les communiquer respectivement aux Nemmenchas et aux Aurès et d'autre part, envoyées au Caire par un agent de liaison spécial. Ce dernier rencontra Ben Bella à Tripoli et les lui a remises en mains propre en lui demandant de les communiquer aux trères de l'extérieur. Malheureusement, il se produisit l'épisode de l'avion que tout le monde connaît et qui se termina par l'arrestation des cinq et la saisie de tous les documents en leur possession. Ainsi, les décisions du Congrès qui étaient encore secrètes tombèrent entre les mains de l'ennemi.
Devant cette nouvelle situation, le CCE ne pouvait plus retarder la publication des décisions du Congrès parce que :
a. Les Français pouvaient d'un moment à l'autre les rendre publiques ce qui n'aurait pas manqué de provoquer des réactions très vives et justifiées de la part des militants.
b. L'ennemi criait à qui voulait l'entendre que le FLN était décapité et le moral du peuple et de nos troupes commençait à être atteint. C'est alors que le CCE prit sur lui la responsabilité de faire paraître les décisions du Congrès du 20 Août dans le n° spécial du Moujahid daté du1er Novembre 1956.
La publication des décisions provoqua un échange de lettres entre le CCE et les frères de la Santé. Ces derniers reprochaient au Congrès son manque de représentativité, sa conception du FLN qui a été le principal critère dans le choix des hommes composant les organismes dirigeants de la Révolution, le principe de la primauté de l'intérieur sur l'extérieur, le principe de la primauté du politique sur le militaire et enfin que la République algérienne devait à leur sens revêtir un caractère nettement islamique.
Nous avons exposé plus haut les arguments qui militent en faveur de la conception du FLN des congressistes et du choix des hommes devant siéger aux organismes dirigeants de la Révolution. Nous avons aussi développé les arguments qui militent en faveur des principes : primauté du politique sur le militaire et primauté de l'intérieur sur l'extérieur.
Il nous reste à examiner la non-représentativité du Congrès, le caractère islamique de la République Algérienne.
Toute l'Algérie était présente au Congrès exception faite des responsables de l'ex-zone Aurès-Nemmenchas qui ne sont pas arrivés à temps à cause des ratissages et des luttes intestines qui ravageaient cette partie du territoire algérien. Quant à Souk Ahras, pour tous les congressistes elle faisait partie de l'ex- zone Nord constantinois qui avait envoyé au Congrès ses cinq principaux responsables.
L'Oranie était représentée par son principal responsable. Quant à l'extérieur nous avons dit qu'ils étaient avisés plusieurs mois à l'avance.
Pour ce qui est du caractère islamique de la future Republique algérienne, le CCE considère que c'est-là un argument démagogique auquel ne croient même pas ses auteurs. Les frères de la Santé n'ont pas été les seuls à contester les décisions du congrès. Il y aurait aussi Mahsas qui avait été désigné par Ben Bella comme responsable de la base de Tunis.
Le congrès avait désigné Mezhoudi et Benaouda pour se rendre à Tunis afin de clarifier la situation et activer l'envoi des armes. Dès leur arrivée, ils se heurtèrent à Mahsas qui était déjà maître de la situation. Ce dernier non seulement conteste les décisions du congrès mais entreprend un travail de sape et dresse les éléments des zones frontalières (Souk Ahras, Aurès-Nemmanchas) contre le Congrès et le CCE. Le résultat est que les armes sont bloquées. Il s'ensuit une lutte anarchique entre algériens. Ces agissements atteignent dangereusement le prestige du FLN auprès des autorités tunisiennes qui tiennent compte de la situation à leurs frontières.
La réaction de la délégation à l'extérieur tant au Caire qu'à Tunis, une lettre officielle du CCE au gouvernement tunisien et enfin l'arrivée de Ouamrane devaient isoler Mahsas qui parvint cependant à fuir. La situation est aujourd'hui complètement rétablie et un tribunal militaire vient de clore la crise Mahsas en prononçant 13 condamnations à mort dont deux par contumace (Mahsas et Ben Boulaïd Omar).
          D. La sortie du CCE
L'idée remonte à plusieurs mois. Elle émane du chef de la wilaya d'Oran qui était à la frontière algéro-marocaine et de ce fait à même de sentir le malaise qui existait entre les éléments de l'intérieur et de l'extérieur. D'autres raisons devaient précipiter la sortie du CCE, les principales en sont :
a. La situation confuse en Tunisie et aux zones frontalières (Souk-Ahras, Aurès-Nemmamchas).
b. La crise d'autorité qui sévissait au sein de la délégation extérieure dont le chef était contesté par les quatre de la Santé.
c. L'entrée des armes en Algérie.
d. L'indispensabilité de réunir le CNRA pour faire le point.
e. Et enfin l'atmosphère quasi-irrespirable à Alger après la féroce répression qui a suivi la grève de huit jours.
II. Le point de la situation

     A. Nos forces
          1. A l'intérieur
               a. Le FLN
Exception faite de quelques douars qui se sont ralliés à l'armée française et qui habitent autour des camps militaires (leur chiffre est d'environ 4 à 5 par wilaya) et d'une partie de la population de certains villages et villes qui échappent à notre contrôle, tout le peuple algérien est embrigadé dans le FLN. Tous les algériens sont membres du FLN . L'immense majorité par conviction, une infime minorité par crainte. Il nous est impossible de donner le chiffre exact des militants du FLN.
Tous les algériens participent à la lutte. Les uns éduquent, les autres organisent, d'autres font de la propagande, ramassent des fonds, du ravitaillement, des médicaments, etc. D'autres encore prennent la garde, servent de guides dans leur douar, hébergent, renseignent et font à l'occasion le coup de feu. Ces millions d'êtres humains sont encadrés par quelques centaines de commissaires politiques (ex-militants des anciens partis politiques, jeunes lycéens et universitaires qui ont déserté les cours). Les commissaires politiques sont aidés dans leur tâche par tous les membres de l'ALN, officiers, sous-officiers et hommes de troupe qui, à l'occasion, tiennent des réunions aux militants, ramassent les cotisations, tranchent les litiges qui surgissent entre les habitants des douars et des villages. Depuis le Congrès du 20 Août la tâche des commissaires politiques est facilitée par l'élection des membres de l'Assemblée du peuple qui gèrent véritablement les affaires de leurs douars (police, état-civil, ravitaillement, garde, etc.) Les commissaires politiques, pour faire régner l'ordre, disposent de gendarmes ; de groupe de moussebline et éventuellement de groupes de l'ALN. Indiscutablement les résultats sont plus qu'encourageants.
L'administration française n'a jamais pu faire régner l'ordre qui existe aujourd'hui dans nos cam-pagnes. Dans les villes mêmes, les délits de droit commun ont diminué dans une proportion énorme.
                b. Le peuple
Le peuple c'est, nous l'avons dit plus haut, le FLN Depuis bientôt trois années, il supporte tout le poids de la guerre. Une répression féroce s'abat sur lui. Les pertes sont lourdes. Elles sont de l'ordre de 250 à 300 000 individus (hommes, femmes, vieillards et enfants). A cela il faut ajouter quelques dizaines de milliers dans les prisons et les camps. Il est rare de trouver une famille algérienne qui ne soit pas touchée dans sa chair ou dans ses biens. Des familles entières ont disparu, massacrées par l'armée française, d'autres complètement ruinées ont quitté leur douar d'origine pour aller chercher refuge dans une autre région. La misère est le lot d'une fraction importante de la population. Les habitants de nombreuses régions dites (pourries) ou déclarées zones interdites suivent dans leur repli les groupes de l'ALN lors des opérations de ratissages. Ces populations sont considérées par les Français hors-la-loi et sont souvent mitraillées par l'aviation. Malgré une répression féroce et une misère effroyable, le moral demeure très bon. Tous les rapports des chefs de wilayas corroborent ce que les membres du CCE ont pu constater eux-mêmes lors de leur passage au maquis. A quoi cela est-il du ? A plusieurs raisons : il y a d'abord le caractère algérien qui ne se plie jamais à la force brutale. Il y a ensuite cette conviction profonde chez tous, que notre victoire est certaine. C'est un sentiment qui ne se raisonne pas chez nos masses.
Le peuple croit à l'indépendance comme il croit au paradis. Vouloir l'en dissuader est peine perdue. Certes il connaît parfois des moments d'abattement mais très vite il se ressaisit et reprend confiance à la vue d'une section de nos moujahidines qui vient de désarmer une unité française dans une embuscade ou un accrochage. De plus le fait de se trouver en pleine mêlée au milieu de tous ces jeunes moudjahidines venus des villes et des campagnes l'encourage et puis il ne faut pas craindre de le dire, il n'a pas le choix. Les Français n'ont plus confiance en lui, il ne lui reste plus qu'à lutter et à mourir au milieu des siens. Pour clore ce chapitre, nous dirons que le peuple est tout pour nous. De lui dépend la victoire ou la défaite. Le CNRA est invité à se pencher sur ses besoins qui sont de deux ordres : les armes et l'argent. Les armes lui permettront de se défendre et l'argent de se nourrir. Nous devons de l'extérieur envoyer des secours en nature et en espèces. Si nous arrivons à faire face à ces deux besoins notre victoire est certaine et à brève échéance.
               c. L'A.L.N.
L'ALN est l'ensemble des moujahidines, fidaïnes et des moussebelines lorsque ces derniers sont armés. Les unités qui la composent sont, le groupe, la section, la compagnie et le bataillon. L'ALN ne ressemble en rien à une armée de métier. L'ALN est d'abord et surtout une armée populaire qui vit et combat au sein du peuple. Exception faite de certaines régions montagneuses de Souk Ahras, des Aurès Nemmamchas et du Sud-Oran les groupes de l'ALN sont constamment dans les douars au sein de nos paysans. L'emploi du temps d'un groupe armé peut être schématisé de la façon suivante: le groupe arrive dans une mechta le plus souvent de nuit et s'installe dans une ou deux pièces qui sont mises à sa disposition. Le chef de groupe établit un tour de garde et désigne le premier guetteur qui viendra réveiller son camarade une ou deux heures après. Lorsqu'aucun travail n'est prévu pour la journée du lendemain, les hommes dorment jusqu'au lever du jour. Puis ils passent la journée à laver leur linge et à nettoyer leurs armes. Si l'ennemi est signalé par les guetteurs qui montent une garde vigilante sur les crêtes, le groupe se met vite en tenue de combat. Dans le cas où il existe dans les environs une zone de repli (forêt, ou terrain accidenté) les moujahidines quittent la mechta et se camouflent. Dans le cas ou le terrain est plat, alors ils choisissent l'emplacement et se mettent en position de combat et attendent l'ennemi. Le combat est engagé et dure très souvent jusqu'à la tombée de la nuit. L'obscurité permet généralement aux nôtres de franchir les lignes ennemies et de sortir du cercle.
La guerre pour nos moujahidines ne consiste pas seulement à se défendre, très souvent ils prennent l'initiative et attaquent, c'est le cas par exemple de l'embuscade ou de l'attaque des postes ennemis. L'embuscade est l'opération la plus payante. Les nôtres choisissent le lieu de l'embuscade et attendent passionnément le passage de l'ennemi pour l'attaquer par surprise. L'effet de surprise est terrible et très souvent les nôtres arrivent à massacrer et à désarmer des unités françaises supérieures en nombre et en matériel. L'attaque des postes ennemis peut être un simple harcèlement ou une prise d'assaut lorsque des complicités existent à l'intérieur du camp ennemi. Les unités de l'ALN comprennent une proportion importante de fellahs. Seuls les cadres sont généralement citadins ce qui donne à l'ALN un caractère profondément populaire trait que nous ne devons jamais perdre de vue si nous voulons nous éviter des déboires dans l'avenir. Le moral de l'ALN malgré la vie dure qu'elle mène est excellent. Aucun moudjahid ne parle de négociations, le thème des conversations est toujours le même : l'indépendance et surtout le grand défilé de la libération à Alger.
Le CNRA ne doit pas se fier à cet optimisme. Certes l'enthousiasme est un atout puissant entre nos mains, cependant nous devons tout faire pour fournir à ces hommes qui ont tout sacrifié les moyens de se défendre et de vaincre.
L'effectif de l'ALN est de l'ordre de 50 000 moudjahidines et fidaïne qui se répartissent ainsi :
Base de Souk-Ahras : 4 000 ; Wilaya n°l : 10 000 ; Wilaya n°2 : 6 000 ;
Wilaya n°3: 12 000;
Wilaya n°4: 4 000;
Wilaya n°5:6 000;
Wilaya n°6: 2 000.
L'effectif des mousseblines est aussi d'environ de 40 à 50 000.
En gros nous pouvons dire que nous avons 100 000 hommes qui combattent. Ces hommes ne sont malheureuse- ment pas tous armés.
Environ 35 à 40 000 hommes sont armés d'armes de guerre, le reste de fusils de chasse et de révolvers ou sans armes du tout.
Le problème des armes sur lequel nous reviendrons plus loin reste posé.
               d. Les finances
Jusqu'au Congrès du 20 Août, le FLN a pu non seulement subvenir aux besoins de la révolution à l'intérieur du pays mais à économiser environ 1 milliard. Depuis le Congrès du 20 Août, la répression allant en s'accentuant, les res- sources du FLN ont terriblement diminué. Les chefs de wilaya ont été obligés de prélever des sommes importantes sur leurs réserves. Aujourd'hui, seules trois wilayas ont encore un peu d'argent : la wilaya n°3 possède 300 millions (alors qu'elle en avait 500 le 20 Août 56), la wilaya n°2 possède 100 millions (alors qu'elle en avait 200 le 20 Août 56) et la wilaya n°S possède 600 millions. Les autres wilayas n'ont pas de sous. Le CCE est obligé de prélever des sommes importantes en Kabylie et en Oranie pour aider Souk Ahras et les Aurès-Nemmamchas. Le CCE attire l'attention du CNRA sur ce problème qui conditionne tous les autres. Les sources à l'intérieur sont taries. C'est à l'extérieur et à l'extérieur seulement que nous devons chercher de l'argent pour faire face aux énormes dépenses que nécessitent l'achat de grosses quantité d'armes, l'entretien d'une multitude de militants qui travaillent à l'extérieur et aussi et surtout aux besoins vitaux des populations à l'intérieur du pays qui se débattent dans une misère effroyable.
Tous les chefs de wilaya lancent un cri d'alarme. Si nous voulons maintenir et augmenter le niveau de lutte du peuple, nous ne devons pas le laisser mourir de faim.
Chacun de nous devra faire son examen de conscience. Des sommes énormes sont dilapidées par nous à l'extérieur. L'esprit d'économie n'existe chez aucun d'entre nous. Nous vivons dans des palaces et au moindre de nos déplacements, nous louons un taxi, des voyages inutiles et onéreux sont effectués par les nôtres. Tous les jours des millions sont ainsi gaspillés alors que le peuple dans certaines régions comme à Ténès par exemple mange de l'herbe. Nous reviendrons sur cette question dans les perspectives d'avenir.
               e. Les syndicats
Nous avons pris l'initiative en mars 1956 de créer une centrale syndicale nationale : l'UGTA. L'enthousiasme rencontré au départ fut immense. En quelques mois l'UGTA comptait pour la seule agglomération algéroise plus de 100 000 adhérents. Malheureusement l'UGTA comme toutes les organisations nationales fut prise pour cible par l'ennemi. Des arrestations massives furent opérées. Des milliers de syndicalistes sont aujould'hui dans les camps de concentration. A neuf reprises le secrétariat national de l'UGTA a été renouvelé en moins d'un an. Aujourd'hui tous les dirigeants de l'UGTA sont arrêtés et les locaux occupés par la police et l'armée française. Seuls ont échappé trois secrétaires nationaux qui se trouvent aujourd'hui à l'extérieur sont en rapport avec la CISL et les syndicats qui composent cette centrale internationale. En outre, ils participent à l'élaboration du projet d'unification des 3 centrales nord-africaines (UGTT-UGTA-UMT). La délégation de l'UGTA à l'extérieur devra se fixer pour tâche la formation des cadres grâce aux stages gratuits organisés par le CISL, de ramasser des fonds auprès de leurs camarades ouvriers en Tunisie et au Maroc, en Europe occidentale et en Amérique afin de subvenir aux besoins des familles de syndicalistes algériens emprisonnés et enfin à faire de la propagande pour l'UGTA et la Révolution algérienne dans les congrès, les conférences syndicaux internationaux. A côté de l'UGTA, nous avons aussi créé l'UGCA qui se trouve dans une situation identique à celle de la centrale ouvrière.
          2. A l'extérieur.
               a. Notre délégation
Notre délégation à l'extérieur représente indiscutablement une force par le nombre et par la qualité. C'est pour cela qu'elle n'a plus aucune excuse pour ne pas rendre. La crise d'autorité qui était un grand handicap a disparu. Le chef de la délégation aidé du responsable à la logistique devra procéder à une réorganisation de tout l'extérieur. Il serait souhaitable qu'il se choisisse un adjoint énergique chargé tout spécialement de veiller à l'application stricte d'une discipline de travail et un contrôle de toutes les dépenses du personnel de la délégation.
               b. L'organisation du Maroc
L'organisation du Maroc est bien assise. L'effectif des militants est d'environ 6 000. Aucun Algérien habitant le Maroc n'échappe à notre contrôle. Tous contribuent, chacun dans la mesure de ses moyens, à l'effort de guerre. Les rentrées financières mensuelles sont de l'ordre de 20 à 25 millions. Cette puissante organisation nous permet de faire pression dans une certaine mesure sur les autorités marocaines et l'lstiqlal qui ne sont pas aussi bien disposés que les autorités tunisiennes et le destour à nous aider. L'ex-zone espagnole nous est très utile. Elle sert de refuge à nos éléments et là se trouvent les organismes vitaux de la Wilaya n°5. Avec un peu de bonne volonté les autorités marocaines pourraient nous faciliter l'installation de camps d'entraînement, d'écoles de cadres de tous genres, de centres de transmissions, etc. Il est à souhaiter qu'une imposante délégation aille rendre visite au sultan et au gouvernement marocain pour lui demander de nous aider plus efficacement.
                c. L'organisation de Tunisie
Elle commence seulement à démarrer. Les crises successives ont mis par terre toute l'organisation qui, il est vrai, n'a jamais été bien solide. Les autorités tunisiennes à l'inverse des autorités marocaines sont beaucoup plus compréhensives à notre égard. Mais les possibilités sont ici limitées. Nous n'avons ni l'équivalent de l'ex-zone espagnole, ni la masse des jeunes algériens instruits qui habitent le Maroc ? Cependant, là encore, la formation de camps d'entraînement est possible à proximité des frontières. Si nous rencontrons au Maroc de très grandes difficultés dans l'acheminement des armes, en Tunisie nous n'avons eu jusqu'ici aucune difficulté majeure. L'effectif des Algériens qui habitent la Tunisie et qui activent au sein du FLN est minime. Les éléments dynamiques vivent tous au maquis. Les rentrées financières sont très faibles ; 1 à 2 millions par mois. Il est vrai que les frais de la base de Tunis sont très élevés à cause de l'aide qu'elle apporte à la base de Souk Ahras et à la Wilaya n° 1 (traitement et soins aux malades et blessés, ravitaillement et habillement, etc.).
               d. Organisation de France
Le FLN  en France n’a jamais pu se  mettre  au diapason  de la lutte  à l’intérieur du pays. Cela tient au milieu dans lequel vivent  les nôtres  et aussi au tempérament des responsables qui  n’ont rien  compris à notre révolution. Tout les responsables qui sont passés  à la tète de la fédération  de France  ont gardé l’esprit de l’ex-MTLD qui ne raisonnait qu’en fonction des réactions de la gauche française.
A ce la il faut ajouter que la France a été  et demeure dans une certaine mesure  le bastion du Messalisme. Les cadres messaliste  voyant la partie perdue en Algérie sont tous partis en France où le gros des troupes de l’ex-fédération du MTLD  est resté fidele à Messali .L’USTA syndicat messaliste  aide beaucoup au maintien  de la prépondérance de Messali dans le Nord et la Belgique.
Le rapport du nouveau responsable de France ne nous est pas parvenu. Cependant d’après les renseignements  fournis par un membre du comite fédérale récemment sorti   de France, il ressort que la situation va en s’améliorant. Les nôtres ont entrepris la l’équidation physique de tous les messalistes. Les rentrées  financières sont de l’ordre  de 20 a 30 millions par mois .un jeune chef de section partie d’Alger a pris en mains l’organisation des groupes armés à Paris. C’est lui qui a organisé l’attentat contre Chekkal. Cependant l’action directe en France demeure très faible. Nous devons tous faire pour porter la guerre en France. Par des actes de sabotages nous affaiblirons le potentiel de guerre de la France. Par l’attentat individuel contre les responsables de la politique française nous rapprocherons la fin de la guerre.
Si le jeune Ben Saddok avait séjourné 3 mois dans un maquis, c'est-à-dire s’il était imprégné de l’esprit de la Révolution, il aurait abattu le président René Coty qui était à deux pas de Chekkal. Lors de la reconstitution de l’attentat il a été prouvé que Coty n’est pas mort parce que Ben Saddok ne l’a pas voulu.
Les objectifs autres de l’action directe que nous devons assignés à la fédération de France sont : une intense campagne de propagande par voie de presse, de tracts, etc. La récupération des fonds, quoique Messali ait pressuré les travailleurs algériens, Les sources ne sont pas encor taries comme en Algérie.
Le CCE devra solutionner un problème qui empoisonne la fédération de France : les 1 200 étudiants en grève. Un rapport et des propositions concrètes ont été demandées de l’UGEMA.

     B. Nos insuffisances

          1. A l’intérieur
               a. Les armes et leur acheminement : Quoiqu’un gros effort ait été fait dans ce domaine depuis trois ou quatre mois. Le problème des armes demeure posé.
En effet sur les 100 000 moudjahidines, fidaines et mousseblines seuls 40 000 environ sont pourvus d’armes de guerre. Il nous faut donc encore 60 000 armes sans compter que dans certaines régions l’armement des fellahs est vital car les populations comme nous l’avons dit plus haut sont considérées par les Français « hors-la-loi ».
Les Wilayas qui ont un besoin urgent d’armes sont d’abord la Wilaya 4 qui n’a en tout et pour tout que 650 armes de guerre enlevées à l’ennemi alors que les autres wilayas ont au moins 4000 armes de guerre chacune. La Wilaya N°6 a été absorbée par les Wilaya 4 et 5. A la suite d’un complot ourdi par un lieutenant de l’ALN (ancien MNA) tout le comité de la Wilaya ainsi que la plupart des cadres Kabyles ont été assassinés. Ce lieutenant un nommé Chérif Chérif s’est rendu aux Français à l’arrivée du commandant M’Hamed de la Wilaya 4.
Les besoins en armes de la Wilaya 4 se trouvent ainsi accrus à la suite du rattachement à elle des 2/3 de la Wilaya 6 qui n’avait pas plus de 200 armes de guerre.
Vient ensuite la Wilaya 3 qui possède de gros effectifs (12 000 hommes environ) et qui n’a reçu à ce jour que 2 000 armes de guerre environ.
Les besoins en armes de la Wilaya 5 se font aussi sentir depuis que le sud est occupé par elle.
Lorsque le problème des armes sera résolu, il faudra trouver une solution à celui plus difficile de l’acheminement surtout vers la Wilaya 4.
Le C.C.E et les responsables de la logistique doivent tout faire pour essayer de sortir de cette impasse.
               b. Les cadres
Le manque de cadres et techniciens se fait de plus en plus sentir. La Révolution prenant de l’ampleur embrasse tous les domaines. Nous manquons de cadres militaires ayant une technique militaire approfondie. Nous manquons de techniciens radio pour installer et faire marcher dans chaque zone des postes émetteurs-récepteurs. Nous manquons d’instituteurs pour enseigner dans les douars. Nous manquons de médecins pour soigner les blessés et la population. Nous manquons, nous manquons, la liste serait encore longue.
Il y a possibilité de créer des écoles de cadres au Maroc cependant l’autorisation des autorités marocaines ainsi que l’octroi par ces derniers de locaux sont au préalable indispensables.
               c. Notre infrastructure politico-militaire
L’infrastructure politico-militaire du 20 août 1956 ne répond plus à la situation présente. En effet avec le gonflement de nos effectifs des problèmes insolubles se posent à nous. Il a été prévu le 20 août 1956 que l’effectif par exemple dans un secteur ne dépasserait pas celui d’une section. Nous avons aujourd’hui dans certains secteurs des Aurès des compagnies voire même des bataillons, ce qui pose un problème d’autorité, car le chef politico-militaire du secteur a le grade d’adjudant alors qu’un chef de compagnie est aspirant ou sous-lieutenant. Avec le principe de la primauté du politique sur le militaire nous arrivons à ceci, un adjudant donne des ordres à un sous-lieutenant.
Le danger  du militarisme qui nous avait amené à imaginer une infrastructure politico-militaire a à peu près disparu. Il y a lieu d’envisager la séparation des pouvoirs civils et militaires. Nous pourrons installer une administration civile avec sa police et sa gendarmerie ce qui libérera l’armée d’une foule de tâches. L’ALN pourra alors se consacrer uniquement à combattre l’armée française. De plus nous pourrons procéder au regroupement des Wilayas, ce qui nous permettra de supprimer l’esprit Wilaya, si préjudiciable.
               d. La propagande
Notre propagande à l’intérieur est très faible pour ne pas dire inexistante surtout depuis la sortie du C.C.E. Certes il existe  dans certaines  wilayas des petits bulletins, quelques tracts paraissent de temps  en temps  mais nous devons  avouer  que c’est nettement insuffisant.  
Seule la radio peut toucher  nos masses et entretenir leur moral. Dans toutes les campagnes  d’Algérie, grâce aux groupes armés il y a des  postes récepteurs. Tous les soirs, dans les douars  les plus reculés on écoute « sawt et Arab », Tunis, Tétuan, Rabat et  « Sawt El Djazair » qui est malheureusement brouillé.
Nous devons designer des équipes pour s’occuper seulement des émissions du Caire, Tunis Rabah et Tétouan. De plus le Chef de la Wilaya 5 devra essayer  de voire s’il est possible d’augmenter la puissance de « Sawt El Djebha ».
                e. Les finances
Comme nous l’avons dit plus haut le problème financier se pose d’une manière urgente. Les sources  à l’intérieur sont taries. Les besoins de L’ALN augmentent  tous les jours et le peuple se ruine  chaque jour davantage.
Nous devons tous ensemble nous pencher sur ce problème et le solutionner.
Nous devons constituer des délégations composées de nos éléments les plus représentatifs  et aller voir tous les gouvernements et personnalités susceptibles de nous aider.
L’éventualité d’un gouvernement provisoire se poserait, ce dernier pourrait être la solution de cette angoissante question.

         2.  A l extérieur
               a.  les mauvaises habitudes héritées du passé
Nous devons tout d’abord nous débarrasser des mauvaises habitudes du passé. Il faut nous convaincre que nous ne sommes ni des ambassadeurs ni des représentants de l’Algérie même de demain. Nous sommes des militants qui avons été changé par un peuple qui combat et qui souffre d’aller à l’étranger solliciter une  aide morale, matérielle et financière ? Nous  ne devons pas regarder si  nous sommes bien habillés, si nous sommes bien loges, si nous sommes bien nourris, nous devons  toujours nous rappeler ceux qui attendent tout de nous. Lorsque nous parviendrons à remporter  cette victoire sur nous –mêmes, alors nous dirons que nous ne sommes pas très loin du but.
               b. le manque de coordination
Il ya avait jusqu'à ces derniers  temps un manque de communications à extérieur. Certains de nos délégués donnaient l’impression du manque d’information  car leurs déclarations n’étaient pas au diapason de celles du chef de la délégation à moins que chose plus grave, quoique informés ils préféraient expliquer leurs opinions personnelles.

     C.les forces de l’ennemi

           1. L’armée, la police et les supplétifs
               a. l’armée
Aux premiers jours de l’insurrection la France disposait en Algérie de 75 000 hommes. Aujourd’hui  de l’avis même des dirigeants français les effectifs atteignent 600 000 hommes. Ces troupes sont réparties à travers les villes et les campagnes algériennes. Leur mission officielle est d’une part de rechercher pour les détruite les groupes de l’ALN et les cellules du FLN et d’autre part la protection des populations européennes et musulmanes. En fait 600 000 soldats français font la guerre à tout le peuple algérien Sans […] Ils tuent, volent, torturent, saccagent et brûlent.
               b. La police, les CRS et la gendarmerie
La police renforcée par les CRS et la gendarmerie sont les auxiliaires de l’armée. L’effectif de la police, CRS et gendarmes sont de l’ordre de 120000 hommes. Des renforts arrivent chaque jour du Maroc, de la Tunisie et surtout de France. Les atrocités commises part la police qui était déjà fâcheusement célèbre dépassent en horreur tout ce que l’esprit peut imaginer. La mort sous la torture est chose aujourd’hui courante en Algérie.
               c. Les supplétifs
On désigne sous ce vocable les français d’Algérie mobilisées  et organisés  en unités territoriales. Leur mission  consiste  à surveiller les routes, les ponts, les fermes. Ils participent  parfois aux ratissages ou leur haine de l’Arabe  se donne libre cours. Leurs effectifs sont d’environ de 80 000 hommes.

          2. la pacification
Les français sont convaincus que le FLN    a regroupé tout le peuple algérien derrière lui  par la terreur. Faisant fi de la volonté de lutte et  d’indépendance de tout un peuple, ils ne désespèrent pas de regagner la confiance des algériens. A cet effet ils n’ont rien trouvé de mieux à faire que ce qu’ils appellent la « pacification ». Qu’est-ce que la pacification ? La pacification  est le penchant de l’action militaire pure en d’autres termes dans l’esprit de ses auteurs c’est  l’offensive politique qui doit marcher de paire avec  l’offensive militaire.
a.    Action psychologique
b.    Renseignements
c.    Répression
          a.    Action psychologique
Cette action n’a de psychologique que le nom.  En effet elle part de données fondamentalement fausses et fait fi de la psychologie primordiale d’un peuple qui veut se libérer. D’où les enfantillages, d’où l’hypocrisie des mesures prises dans l’équivoque et la contradiction.
Voici quelques faits qui illustrent cette méthode :
Recensement de la population : pour l’ennemi, le fait de rassembler quelques dizaines de paysans dans une région est une victoire importante sur le plan psychologique car généralement les paysans fuient en voyant arriver l’armée française. Dans ce  genre d’opérations l’ennemi monte tout un scenario. Rien ne manque : radio, journalistes, personnalités civiles et militaires, photographes, couscous, méchouis, etc. Dès le départ de tout ce monde, nos pauvres fellahs rentrent chez eux et la nuit venue descendent dans la plaine brûlée une ferme ou couper quelques milliers de pieds de vigne.
Délivrance des cartes d’identité: pour découvrir les fellagas, les français ont pensé à doter tous Algériens d’une carte d’identité nationale. Toute une administration est mobilisée pour cette tâche lors des grands ratissages. On rassemble les fellahs, on les photographie et on leur délivre des cartes d’identité. Le soir un de nos commissaire politique arrive et déchire toutes les cartes d’identité et l’opération est à recommencer.
Secours : la distribution symbolique de quelques kilos de semoule est accompagnée d’un grand tam-tam. Dans beaucoup de régions, les nôtres refusent tout secours des français car non seulement les français ne donnent en fait rien (20 sacs de semoule pour un douar de 15 à 20000 hommes) mais profitent de l’occasion pour vérifier l’identité des secourus et essayer de tirer d’eux le plus de renseignements possibles.
Assistance médicale gratuite : là encore le but des français est d’attirer à eux les populations déshéritées. Cette assistance militaire n’est plus gratuite depuis un certain temps. Une circulaire de Lacoste en date du 23 mai 1957 prescrit la perception d’un tarif dit « forfaitaire » relatif à l’AM 6 ambulatoire.
Ici il y a lieu de signaler que certains médecins militaires français n’hésitent pas à inoculer des produits inconnus qui provoquent la mort (nous citerons à titre d’exemple les 22 bébés de moins de 3 ans vaccinés par l’officier SAS de Demalherbe le 4 mais 1957, qui sont tous morts le soir même).
A cela s’ajoute l’allocation aux vieux, le pèlerinage à la Mecque, les colonies de vacances, la libération des internés. Il est inutile que c’est là que la poudre aux yeux. Au fait les français  ne donnent   rien. Il n’ya pas 100 algériens qui touchent  régulièrement l’allocation aux vieux. Il n’y a pas 100 enfants partis aux colonies de vacances l’année 1956.
          b.    Renseignement
C’est le point faible de la pacification. Les français n’arrivent pas à avoir des renseignements malgré les moyens financiers dont disposent les SAS, ils n’arrivent pas à acheter les consciences alors ils en sont réduits à la torture. Ils torturent des suspects, ils torturent des innocents pour avoir des renseignements. Nous pouvons affirmer sans risque d’être démentis que sans la torture l’ennemi ignorait tout de nos activités.
          c.    Répression
Dans la tâche « pacification » l’ennemi a classé les régions en trois catégories : les régions suspectes, les régions touchées et les régions pourries.
- Les régions suspectes : elles sont le terrain idéal aux yeux des SAS pour le travail psychologique et le renseignement. Aucun effort n’est ménagé jusqu’au jour où les nôtres apparaissent et mettent par terre tout l’échafaudage passionnément monté par l’ennemi.
-  Les régions touchées : là encore les SAS ne désespèrent pas de gagner à eux les populations, mais la méthode change. La souplesse et la fermeté vont ici de paire. Les résultats sont malheureusement pour les français à peu près nuls.
-  Les régions pourries : là les SAS disparaissent et laissent la place à l’armée proprement dite. Dès que l’élément colon est évacué, l’artillerie et l’aviation entrent en action. Tous les moyens sont utilisés, incendie des forêts, napalm, bombes incendiaires, exécution massives, violes, pillages, tortures à mort, etc.
Avant de clore ce chapitre de la pacification il faudra dire quelques mots sur les SAS qui en sont l’âme.
Les SAS abréviation de section Administrative Spécialisée :
-  Fonctionnement : à la tête de chaque SAS il y a un officier du grade de lieutenant ou capitaine qui a reçu des rudiments de « sciences coloniales » et qui est formé par la suite dans un stage des « affaires dites Algériennes ». le recrutement de ses officiers est assuré directement par le G.G. Ces officiers dépendent soit des sous-préfets soit des administrateurs. Leur répartition tant géographique que politique semble correspondre aux anciens douars.
- Mission : la mission des SAS consiste comme nous l’avons dit plus haut en l’organisation psychologique, le renseignement et la répression. C’est dans une certaine mesure l’équivalent de notre commissaire politique sectoral.
Les  SAS ont-ils réussi dans leur mission ? Non répondons franchement non. D’ailleurs les français eux-mêmes l’avouent. La raison majeure de cet échec est l’hostilité du peuple à l’égard des français.

          3. la propagande
Des moyens formidables sont utilisés par l’ennemi à des fins de propagande à l’intérieur comme à l’extérieur de l’Algérie.
A la propagande faite par les innombrables journaux et revues français s’ajoute celle faite par RTF de Paris, d’Alger et Brazzaville ainsi que tous les films truqués qui passent sur les écrans des cinémas de France et d’ailleurs.
En Algérie les compagnes les plus reculées sont inondées chaque jour de tracts, d’affiches en arabe et en français dans les villes et les villages, des voitures radios sillonnent les rues et diffusent des mots d’ordre colonialiste.
Tout le monde sait que les français n’ont pas ménagé leurs efforts lors de la IIe session de l’ONU. Cette année Robert Lacoste est en train de rassembler un dossier volumineux en prévision de l’ONU. Les français ont réalisé des documents importants sur les massacres de Melouza et Wagram (Oranie), en outre nous avons eu connaissance d’une note adressée début juin 1957 par la légion de gendarmerie à toutes les brigades où il était question de lui adresser d’urgence tous documents concernant les interdictions de fumer, d’avoir des chiens, de porter le pantalon et le béret européen, de recevoir des soins gratuits, de lire des journaux, de fêter les fêtes religieuses, de se marier sans l’autorisation du FLN.

     E.    La Révolution Algérienne dans le contexte international

          1.    Les Afro-asiatiques
Les Afro-asiatiques nous ont toujours assuré de leur appui dans notre lutte pour l’indépendance national. A Bandoeng comme à l’ONU, leur soutien ne nous a jamais fais défaut.
Les Arabes plus particulièrement, aussi bien les Etats du Moyen-Orient, que la Tunisie et le Maroc, nous ont apporté leur aide morale, diplomatique, matérielle et financière. L’aide de ces deux pays notamment nous est précieuse (logistique et politique). Les récentes déclarations de Bourguiba et de Mohamed V insistant sur l’indépendance de l’Algérie valent d’être mises en évidence en rapport à la modération dont ces deux hommes d’état ont toujours fait preuve et au prestige dont ils jouissent chez les occidentaux surtout chez les Américains. Il y a là identité de vue parfaite sur le problème algérien à l’échelle nord-africaine. C’est pour nous un point capital que nous nous plaisons à souligner.

          2.    Le contexte Russo-Américain
               a.    Les U.S.A.
L’Amérique a toujours soutenu la France dans sa guerre d’Algérie, diplomatiquement, moralement, économiquement, et matériellement. Tout ce qui est utilisé par la France pour nous combattre est américain depuis le « Sikorsky » jusqu’au « Corneed ». Bien plus, la France n’a pas hésité à prélever quelques unes de ses divisions de l’O.T.A.N. pour s’en servir contre nous et sans rencontrer la moindre récrimination du côté américain. Les récentes déclarations de Dulles et d’Eisenhower affirmant que « l’Algérie était juridiquement la France » montrent bien que l’appui officiel de l’Amérique est toujours acquis à la France.
Certes l’intérêt des USA exige par ailleurs qu’ils regardent vers les pays arabes avec lesquels ils tentent une politique de rapprochement. Cela s’explique par l’importance stratégique de ces pays et les richesses naturelles (ressources pétrolifères et minières) que renferme leur sous-sol.
Mais il semble que pour l’instant cette politique ne pèse pas d’une façon décisive sur le gouvernement américain. Il apparaît que les intérêts de l’OTAN et de l’alliance occidentale l’emportent sur l’amitié avec les Arabes et expliquerait la position du département d’Etat dans l’affaire Algérienne.
Certaines personnalités américaines telles que le Démocrate Kennedy n’a pas hésité à faire au Sénat une déclaration pour l’indépendance algérienne. L’intérêt d’une pareille déclaration est qu’une fraction de l’opinion américaine commence à prendre conscience du problème et l’idée d’indépendance fait du chemin dans le monde. Mais ce n’est là qu’une simple déclaration qui n’engage que son auteur ou les intérêts qu’il représente.
Tout dernièrement les journaux ont fait état de la rencontre Dulles-Pineau à Londres. Le chef du département d’Etat aurait demandé à son collègue français de trouver une solution nouvelle constructive au problème algérien d’ici septembre, faute de quoi l’Amérique n’apporterait plus à la France un appui actif dans ce domaine. Dulles et les milieux gouvernementaux américains seraient partisans d’une confédération franco-nord-africaine, intégré dans le camp occidental et évidemment sous la haute autorité de l’Amérique. Mais tout cela n’est que commentaires de presse et ne revêt aucun caractère officiel.
La prochaine session de l’ONU reste pour nous un test pour juger de la position américaine à notre égard.   
                b.    L’U.R.S.S.
L’URSS a toujours pris position en faveur de l’Algérie de même que les démocraties populaires. Cela s’explique par sa politique anti-occidentale. Mais l’URSS voudrait voir le conflit algérien réglé dans l’intérêt de la France pour d’une part éviter à l’Amérique de s’immiscer dans cette affaire et renforcer sa position en A.N et d’autre part maintenir dans le camp occidental un germe de division interne. C’est ce qui expliquerait en partie la passivité du parti communiste français (absence d’agitation politique ou de grèves).
Certains  de nos frères, dans le contexte russo-américain, préconisent de « jouer au chantage russe » afin d’infléchir la politique américaine en notre faveur. C’est un couteau à double tranchant. Ou bien nous obtiendrons des résultats positifs ou bien nous nous aliénerons les Américains et ceux-ci ne manquent pas de moyens de pression sur nous  (Lybie, Espagne ; peut-être même Tunisie  et Maroc sans compter l’augmentation de l’aide a la France).
 
          3.    L’O.N.U. et l’internationalisation du problème algérien
Le fait d’avoir internationalisé le problème algérien a l’O.N.U. consiste pour le F.L.N. une grande victoire. L’Afrique est sortie du cadre français. Elle est reconnue internationalement et cela lui permet de bénéficier d’un certain nombre d’appuis dans le monde qui iront certainement en augmentant.
Mais l’internalisation comporte aussi des inconvénients qui, si nous ne prenions pas garde, peuvent se transformer en dangers.
Certes nous agissons auprès de L’ONU et de différents Etats pour que le problème algérien soit de nouveau posé devant les instances internationales  et que le conflit qui nous oppose à la France se termine par la reconnaissance de notre indépendance. Mais L’ONU, en s’immisçant dans nos affaires, peut pousser trop loin son intervention et nous imposer des solutions incompatibles avec notre souveraineté nationale. L’expérience mondiale de l’après guerre nous enseigne que L’ONU n’a pas toujours pris des décisions heureuses dans les conflits qui ont opposé les peuples colonisés et les impérialistes occidentaux. Citons le cas de la Palestine, de la Corée, de l’Indochine dont la solution s’est terminée par le partage. Le partage de l’Algérie en deux zones française et algérienne recueillerait non seulement l’adhésion de la France, mais il pourrait avoir l’appui des occidentaux pour lesquels une tête de pont en Afrique est aussi nécessaire que l’est Israël dans le Moyen-Orient. Sans préjuger de l’attitude de l’URSS, celle-ci pourrait accepter cette solution comme elle avait accepté le partage de la Palestine. C’est pour elle un conflit latent enfoncé dans le camp occidental.
Un deuxième danger pourrait être la tutelle d’une ou plusieurs grandes puissances qui aurait pour conséquence d’allonger le délai de l’indépendance (Lybie).
L’ONU peut même demander à la France d’accorder l’indépendance dans un délai de 10 ans. C’est la thèse soutenue par Bevan.

III. PERSPECTIVES D’AVENIR

Le CNRA doit dès maintenant envisager ces dangers et étudier les moyens d’y parer.
Il y a là une ligne à préciser et la faire adopter par les afro-asiatiques à l’ONU.
Nous l’examinerons tout à l’heure.

     A.    Fermeté sur le principe de l’indépendance
L’expérience des 3 années de révolution nous enseigne que nous devons être ferme sur le principe de l’indépendance et ne pas transiger parce que :
          a.   C’est l’aspiration profonde de tous les combattants et surtout du peuple. La moindre concession dans ce domaine risque de soulever contre nous la base et d’introduire des germes de division parmi nos populations des zones frontalières de l’Est et de l’Ouest qui ont été déçues par l’indépendance boiteuse du Maroc et de la Tunisie.
        b.  C’est une position qui paie non seulement à l’intérieur de l’Algérie mais aussi à l’extérieur. L’opinion internationale a fini par admettre l’idée de l’indépendance (déclaration de Kennedy, Bevan, Bourguiba, Mohamed V).
Les Français eux-mêmes finiront par suivre.
La procédure que nous devons leur proposer pour engager les négociations est la suivante :
-   Le gouvernement français s’engage par une déclaration publique à reconnaître l’indépendance de l’Algérie ?
-   Les contacts préliminaires doivent être officiels et non clandestins.
-  Les délégués français doivent être des personnalités connues et dont la représentativité ne souffre aucune discussion. Ces derniers doivent être dûment mandatés non par tel ou tel ministre mais par le gouvernement en entier.
Sur le plan international, nous devons poursuivre l’internationalisation du problème algérien par l’ONU, mais devons éviter que celle-ci ne prenne des décisions préjudiciables à notre indépendance (ingérence des grandes puissances ou partage du territoire).
C’est sur le groupe afro-asiatique que nous devons toujours continuer à agir. L’heure est arrivée où nous ne devons plus nous contenter de généralités. Nous devons avoir des propositions concrètes à soumettre.
Voici un projet de résolution que nous pouvons demander au groupe afro-asiatique de soutenir devant les Nations Unies :
L’Assemblée Générale des Nations Unies
Considérant (ici suivent plusieurs considérants)
« Invite les deux parties à ouvrir dans un délai de » 3 mois des négociations en vue d’un cessez-le-feu.
« Ces négociations devront être engagées sur base » d’une part de la reconnaissance par la France de l’indépendance « de l’Algérie et de son droit à disposer librement de son sort », et d’autre part de l’engagement par le FLN de respecter les « libertés et les intérêts de la population tout entière ».

     B.    Renforcement de la propagande
Nous devons désigner des équipes compétentes pour s’occuper sérieusement des émissions de Sawt El Arab, Tunis, Rabat, Tétouan et « Sawt El Djabha ». Nous devons aussi intervenir auprès des gouvernements d’Egypte, de Tunisie et du Maroc pour nous accorder un temps plus long pour nos émissions et aussi nous laisser une certaine latitude dans la rédaction des textes radiodiffusés. Quant à Sawt El Djabha, il y a lieu d’étudier la possibilité d’augmenter sa puissance et d’envisager aussi le brouillage de Radio Alger.
Les membres du CNRA doivent se faire un devoir d’envoyer au journal « El Moudjahid » organe central du FLN des articles signés de leur nom. Cela révélera le niveau idéologique et la tenue du journal.

     C.    Refonte de l’infrastructure politico-militaire
Une commission devra être désignée pour étudier ce problème. Nous suggérons la séparation des pouvoirs civils et militaires et le regroupement des Wilayas de l’est et de l’ouest première étape vers la centralisation à l’échelle nationale.
Les trois Wilayas 4, 5, 6 seront unifiées et dépendront d’un responsable qui sera soit un civil équivalent à un gouvernement de province soit un militaire dont le grade devra être supérieur à celui de colonel du fait que les Chefs de Wilayas actuels ont le grade de colonel.
Le responsable qui sera en même temps le contrôleur général des trois Wilaya relèvera directement du CCE. Il en sera de même pour les Wilayas 1, 2, 3 et la base de l’Est.
Ce système a en outre l’avantage de supprimer l’esprit autonomiste des responsables des Wilayas.
   
     D.    Les finances
Nous avons exposé dans le chapitre finance la situation grave dans laquelle nous nous trouvons. Achats d’armes – grosses dépenses pour les frais du personnel qui se trouve à l’extérieur – besoins urgents de nos populations à l’intérieur d’aide substantielle. A cela il faut ajouter les dépenses que nous occasionnent les réfugiés du Maroc et de la Tunisie.
Nous avons dit aussi que les sources à l’intérieur sont taries, il faut donc trouver de l’argent ici. Pour cela nous devons désigner nos éléments les plus représentatifs pour aller voir tous les gouvernements et toutes les personnalités susceptibles de nous aider. Cette tournée nous prendra du temps mais elle est indispensable.

     E.    Les cadres
Nous avons des instructeurs qui sont en mesure de diriger des écoles de formation accélérée de cadres des transmissions du génie et d’administration. Seulement nous manquons de locaux. Seuls les autorités marocaines pourraient les mettre à notre disposition ; jusqu’ici les frères de la Wilaya n°5 n’ont rien pu obtenir. Il y a lieu d’envoyer une importante délégation pour voir le Sultan. La question de locaux pour formation des cadres sera un des sujets de l’entretien.

     F.    Les armes et leur acheminement
Le service de la logistique devra prévoir la récupération ou l’achat d’au moins 60000 armes individuelles afin de pouvoir armer tous nos effectifs actuels (moudjahidines, fidaïnes, et mousseblines).
Il devra en outre étudier avec le CCE le moyen d’acheminer ces armes par le Maroc et la Tunisie dans la proportion de 2/3 par l’ouest, 1/3 par l’est. Par l’est l’acheminement ne pose pas gros problème du moins jusqu’à la frontière algéro-tunisienne. Mais par l’ouest le problème est plus difficile. La difficulté majeure est l’entrée des armes au Maroc. Là encore les marocains pourraient nous aider s’ils veulent prendre certains risque.la délégation qui ira voir le sultan devra aussi l’entretenir de cette question.


NOTES
1.    Selon ce point de vue, ni le « comité des 22 », ni le « comité des 6 »,qui sont a l’origine  du 1er Novembre ,ne constituaient une direction
2.    En aout 1956, l’appellation wilaya a remplace celle de zone
3.    Soulignons ici que, Ben Alla Hadj a donne mandat a ben M’hidi pour représenter l’Oranie, A. Boussouf ne l’a pas mandate a cet effet.   
4.    La sortie du C.C.E. à l’extérieur avait pour Abane un caractère provisoire.
5.    Le FLN – ALN ne présente pas seulement comme un mouvement politique mais comme un contre-Etat. Seddik T
6.    Seddik Tamzali.
7.    Cette proposition émanait de Ben Bella et Khider, Ait Ahmed n’y était pas associé
8.    Y.Zighoud, L.BenTobbal, A. Benaouda, B.Mezhoudi, A. Kafi ;
9.    A.Mahsas a échappé à son gardien algérien puis s’est réfugié chez le directeur de la sûreté tunisienne Driss Guiga, qui l’a aidé à fuir.
10.    Le tribunal était présidé par Ben Tobbal, assisté de trois juges, A. Benaouda, Kaci et A. Bougleze, Mahmoud Cherif faisant fonction de procureur.
11.    Larbi Ben M’hidi
12.    Gaid Mouloud dit Rachid, Rahmoun, Dekkar et Embarek Djiolani
13.    Elle était représentée à Tunis par Abbas Turqui et Belloul Akfi
14.    Ahmed Boumendjel
15.    Rabah Bouaziz
16.    Linformation est fausse, Bouaziz n’avait pas encore pris ses fonctions.
17.    Emission de la radio Egyptienne au Caire
18.    La Voix du Front qui émettait du Maroc
19.    On retrouvera cette pratique chez les islamistes
20.    Ministre britanique des Affaires étrangères, membre d’un cabinet travailliste.
21.    S.M. Mohamed V


          

        



    


    

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