Abane Ramdane

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L’ŒIL DE CAÏN

La presse quotidienne algérienne, tous titres confondus, a largement rapporté et commenté les propos tenus par M. Daho Ould Kablia, à propos de ABANE Ramdane, lors de sa conférence tenue, à Oran, à l’occasion de la commémoration du 1er Novembre 1954. Cela ne nous étonne  guère de la part d’un élément  en orbite dans la sphère franchement hostile à l’orientation du combat libérateur dans ses  dimensions de guerre contre l’occupant et de révolution au sein du peuple pour l’amener d’un très bas et  méprisable niveau à un autre en mesure d’imposer le respect au futur pouvoir à mette en place et en même temps acquérir et consolider le capital confiance en soi .Cela n’est que la suite logique d’une mise en scène préalablement conçue et alimentée pas des « ténors » beaucoup plus sectaires.et régionalistes que patriotes et nationalistes, de la même sphère que l’unité et la liberté de la Nation effraient dans leurs desseins de division  qu’ils élaborent pour une pleine et totale hégémonie sur les masses populaires.

Mais ce qui est étonnant de sa part, c’est qu’il est en contradiction flagrante avec tout ce qu’il avait débité, dans sa conférence tenue dans la Maison de la Culture « Mouloud Mamri » à Tizi Ouzou, alors qu’il était encore Ministre de l’Intérieur et des collectivités locales, en affirmant, avec force et conviction, que « l’Algérie a raté son virage ,avec l’assassinat de ABANE Ramdane ». Deux déclarations contradictoires, dans deux fonctions différentes et en un laps de temps relativement court. Ainsi la vérité change au gré de l’habit dont les hommes se revêtissent, à l’instar de la couleur du caméléon qui change en fonction des milieux ambiants dont il tire profit, un même conférencier un même thème,  deux analyses opposées l’une à l’autre ! « Quel mépris pour notre peuple et quel dommage pour notre cher et beau pays  de faire de tels constats amers, propres à remuer toute conscience aussi coriace ou anesthésier soit-elle.
Certes,  l’Association du « MALG » dont il est le président a fait publier,  un communiqué dans un journal, pour édulcorer, quelque peu, ses propos et les rendre supportables à une opinion publique ahurie  et en ébullition légitime. Mais il  aurait dû le faire, dans le même quotidien qui a rapporté l’information,  d’autant que celui-ci déclare détenir l’enregistrement intégral audiovisuel de la  conférence. Cela prouve que Si Daho n’assume pas ses « vérités » qu’il veut semer à tout vent.
Mensonge après maintes mensonges, pour falsifier l’histoire ne sont en mesure de ternir le capital aussi riche que nous a légué en héritage un aussi brillant théoricien et architecte de la révolution, dont se sont inspirés les avant-gardes des peuples colonisés dans leur lutte pour le recouvrement de la souveraineté de leur nation.
S’entêter à vouloir justifier, par mensonges répétés et à intervalles réguliers, l’abominable et abject assassinat de ABANE Ramdane, le 27 décembre 1957, à Tétouan  (Maroc), n’est que la manifestation d’un poignant remords qui ne cesse de ronger la conscience, - en ont-ils une ? - des auteurs, des complices et tous ceux qui ont planifié l’amputation de la dimension révolutionnaire de notre combat, dimension clairement définie dans le premier ver du second sextuplet de notre hymne national « nahnu djundun fi sabil el-haq thurnâa »  visant, par-là, l’instauration d’une véritable justice sociale, tout a fait à l’opposé de celle revendiquée par les formations politiques présentes au congrès musulman de juillet-août 1936 , alors que le ver qui le suit souligne que pour l’indépendance « wa ila stiqlal bi el-harb qumna » la guerre nous étant imposée pour refouler l’occupant séculaire, hors frontières.
En éliminant ce grand stratège de l’unité nationale, que le défunt Commandant Ali Mendjli qualifie, lors d’un congrès de l’O.N.M (Organisation National des Moudjahidine) au début des années 90, n’hésitait pas à proclamer, haut et fort que «  La Nature n’enfante, par siècle, qu’un seul être de la stature de ABANE »,  les auteurs n’ont fait que déblayer le terrain pour frayer le chemin qui mène vers la  prise du pouvoir à l’effet de rendre inopérants les nobles principes de réappropriation de l’identité nationale sans concession aucune, le caractère tolérant hérité de la culture de nos aïeux et ancêtres en matière de croyances sans tomber dans une religiosité exécrable, le caractère sacré de la citoyenneté étant seul antidote contre toute forme de division de quelque nature que ce soit, la différence ne pouvant se mesurer qu’au savoir, au savoir-faire et aux bras de fer de tout un chacun. Et comme la nature a horreur du vide, cette amputation opérée ne peut conduire qu’inéluctablement à la césure du cordon ombilical rattachant l’être au du solis, à l’émergence de situations conflictuelles nées de l’esprit communautaristes et des inégalités sociales. Par voie de conséquence, la Nation ne peut que devenir une proie facile à tous les spectres et démons, allant de l’autoritarisme au théologisme, en passant par le jacobinisme et l’oligarchisme -  passez-moi ce néologisme en « isme » qui nous rappelle, en tamazight du Djurdjura le lion aux crocs acérés – qui sont des voies royales pour le néocolonialisme qui en est, en vérité l’initiateur par suggestion subtiles ou trahison franche pour en tirer les marrons du feu et consolider par-là, sa suprématie et son emprise après les avoir perdues momentanément.
    Au lieu de faire fructifier ce capital inestimable légué par ce digne fils de l’Algérie dont l’envergure dépasse les frontières territoriales d’une Algérie une et indivisible, pour couvrir, de sa pensée et de sa théorie, la planète, le voilà devenu fantôme cauchemardesque, qu’on suit à la tombe. Même mort, il continue à faire mal à ceux qui jugent son assassinat « comme mal nécessaire ». Près de soixante, après sa disparition, l’œil de Caïn ne cesse de pointer son nerf optique, à la manière d’un doigt accusateur, sur eux, leur reprochant, non pas sa mise à mort, mais le fait d’avoir mis fin à une exaltante révolution qui aurait pu profiter aux masses populaires, alors que la guerre était livrée pour libérer le pays.
    L’œil de Caïn, expression figurative du remords de ce dernier à la suite de la mise à mort de son frère Abel, fils d’Adam et d’Eve, de ses propres mains, remonte inéluctablement du tréfonds de leur subconscient pour les traquer sans cesse et les interpeler « où est ABANE », la conscience leur faisant défaut. Qu’ils s’enfuient dans le désert, qu’ils se cachent dans des grottes ou dans les profondeurs des océans, l’œil de Caïn est-là, toujours ouvert, les poursuivant sans cesse. Leurs sorties, pour entretenir le feu pour un salut douteux ne sont que de vaines tentatives d’apaisement de leur âme. Le cauchemar demeure, scandant, en lugubre symphonie, tant que l’œil de Caïn plane au-dessus de leur tête, leur criant «  ya qettal ruh, win truh ». a moins que la dimension relative à la Révolution ne soit reprise et remise sur orbite pour devenir une réalité tangible, dans une Algérie épanouie, de mille feux de sa souveraineté pleine et entière, une justice sociale authentique prônée par un Etat fort et solide, comme le rêvait si intensément ABANE Ramdane dans ses pensées lumineuses en parfaite harmonie avec les valeurs universelles. Alors et alors seulement, l’œil de Caïn s’éclipsera, dans le profond silence du néant.
Ouali AIT-AHMED
Ancien Officier de l’ALN

 

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