Abane Ramdane

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Titre : Ben Bella – Kafi – Bennabi contre ABANE, Les raisons occultes de la haine

Auteur : Bélaïd Abane
Format : 235mm X 155 mm
Nombre de pages : 224
ISBN : 978-9931-315-03-02
Prix public TTC : 600 DA

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EXTRAIT                 

On ne crache pas impunément dans le bleu du ciel !

Assassiné par ses « frères », Abane Ramdane continue de hanter la mauvaise conscience de leurs complices. A ceux qui ont craché sur la tombe du martyr, l’auteur rend coup pour coup. De Malek Bennabi, on apprend que durant la seconde guerre mondiale, il était fonctionnaire de Vichy, travailleur volontaire en Allemagne, avant de purger deux années de prison pour collaboration avec les nazis. Après le déclenchement de la révolution algérienne, alors que le pays vivait au rythme des bombardements, du napalm, de la torture et des exécutions sommaires, celui qui deviendra le chef spirituel des islamistes « modérés » coulait des jours paisibles en Normandie en méditant sur « le phénomène coranique » !
A Ali Kafi qui révèle de prétendues « négociations secrètes » avec la France pour justifier l'assassinat d'Abane  et surtout pour se mettre au centre des événements, l’auteur rappelle que l’ancien colonel de l’ALN n’a pas digéré son éviction du Congrès de la Soummam. Plus grave, selon les Moukhabarate égyptiennes, il aurait donné l'information qui a permis l’élimination de Zighout Youcef, tombé dans une embuscade de l’armée coloniale.
Il reste le contentieux historique entre Abane et Ben Bella. Deux personnalités complexes, deux caractères incompatibles, deux parcours différents, deux visions inconciliables de l’Algérie. Témoignages et documents à l’appui, l’on apprend que là où Abane avait résisté à la police coloniale malgré d’horribles tortures, Ben Bella s’était mis à table, sans contrainte, pour « donner » tout l’organigramme de l’OS, avant de « s’évader », dans des circonstances obscures, de la prison de Blida. Membre de la Délégation Extérieure de la Révolution au Caire, il était le favori des Egyptiens, qui le préparaient à prendre le pouvoir. Le major Fathi Dib, son officier traitant et chef des Moukhabarate lui avait déconseillé de participer au congrès de la Soummam, où il risquait d’être jugé pour « haute trahison ».
Au delà des frustrations et des querelles subjectives, les pourfendeurs d’Abane partagent la même haine de son projet d’une Algérie plurielle, moderne, démocratique et ouverte sur les valeurs universelles. Malgré les ratés de l’indépendance et l’impasse structurelle du régime, la régression n’est pas une fatalité. Et si la célébration du cinquantenaire était le déclic qui va réhabiliter le rêve soummamien des pères fondateurs ?

 

 

Le vieux contentieux

 

Commençons par les reproches que fait Ben Bella à Abane, puisque c’est cela qui m’amène à parler plus que de raison de Ben Bella dans ce livre. Nous verrons ensuite ce qui, en réalité, pousse Ben Bella à s’acharner sur Abane, mort et disparu depuis plus de cinquante ans.
J’ai évoqué dans Résistances algériennes les différents points de discorde entre Abane Ramdane et Ahmed Ben Bella, nés des résolutions de la Soummam. J’ai rappelé les divergences concernant le principe de la primauté de l’intérieur sur l’extérieur, principe auquel tous les initiateurs du 1er novembre avaient pourtant souscrit tant que la majorité d’entre eux se trouvait encore sur le territoire algérien.
J’ai consacré un long développement à la participation des centralistes à la Révolution. J’ai montré que leur intégration dans la lutte par Abane, fut invoquée par les « radicaux » comme un manœuvre déviationniste.
Puis, une fois ce dernier éliminé, comment on les replaça aux premiers rangs après les avoir dénigrés et évincés des instances dirigeantes. Ben Bella, qui se considérait lui-même comme un «radical », acceptera pourtant de bonne grâce de faire partie d’un GPRA où siègeront plusieurs centralistes après les avoir longtemps vilipendés et qualifiés de « germes de décomposition ». Son radicalisme disparaîtra par enchantement devant l’attrait d’un poste de vice-président d’un GPRA présidé par Ben Khedda, le plus centraliste d’entre eux.
La querelle idéologique, si querelle de cette nature il y eut, ne fut en réalité qu’un prétexte, un mauvais procès qu’on faisait à Abane. Plus tard, Ben Bella et avant lui les « 3 B », qui se considéraient eux aussi comme des radicaux, iront chercher des alliances partout, même dans le ventre du diable, quand ils seront en quête de clientèles pour prendre ou garder le pouvoir.
Mais la plaie béante qui ronge encore Ben Bella, à en croire ses récentes attaques contre Abane, c’est incontestablement le Congrès de la Soummam. Il n’y a pas participé. « Abane m’en a empêché », continue-t-il à ce jour de se lamenter. Aucun historien sérieux ne pourrait donner crédit à une telle assertion.
Qui pouvait empêcher Ben Bella de revenir en Algérie pour participer au Congrès de la Soummam ? Comme le rappellera Mabrouk Belhocine, « Ben Bella attendait-il l’assistance d’on ne sait quel Touring Club pour rentrer en Algérie ? Avait-t-il fait un petit effort d’imagination pour rentrer dans son pays par ses propres moyens comme l’avait fait Larbi Ben M’hidi deux mois auparavant ? »
Il en avait du reste largement le temps. Abane avait en effet informé les délégués extérieurs de la tenue de ce congrès dès le 1er décembre 1955. La réalité est que les délégués extérieurs étaient surtout préoccupés par les questions « diplomatiques ». Certains comme Hocine Aït Ahmed qui l’avouera plus tard, ignoraient même qu’un congrès s’était tenu à la Soummam.
Seul Ben Bella avait senti l’importance capitale de l’événement. Il subodorait en effet que la rencontre de la Soummam serait l’occasion d’une redistribution des cartes, et pressentait que le pouvoir allait changer de mains. Mais il ne rentrera quand même pas en Algérie.
En vérité, même s’il en fut profondément déstabilisé, Ben Bella n’avait aucunement l’intention de revenir en Algérie pour participer au 1er  Congrès du FLN. Sa décision était prise depuis que le président Nasser avait pris « l’affaire de la Soummam » en mains et que le Major Dib lui « a déconseillé de retourner en Algérie pour assister à cette réunion de crainte d’une traîtrise de la part d’Abane »[2]. Ben Bella ne figurera donc pas dans les premières instances dirigeantes de la Révolution algérienne. Il en éprouvera de l’amertume et de la rancune à l’égard d’Abane. Mahsas son affidé d’alors en souffrira autant. Ils entraîneront leurs clientèles aurésiennes dans un antagonisme aventureux au congrès de la Soummam et aux nouvelles instances dirigeantes de la Révolution.
N’était-ce la cruelle tragédie que leurs agissements avaient causée dans les rangs de la résistance chaouia-nemouchia, l’absence de Ben Bella et de Mahsas au congrès du 20 août aurait été un point d’histoire totalement anodin.
L’autre « pêché » des Soummamiens dont Abane fera constamment les frais jusqu’à nos jours, est « la remise en cause du caractère islamique de nos futures institutions politiques ». Selon Ben Bella, c’est par cette « faute originelle » que tous les malheurs de l’Algérie ont commencé, feignant d’oublier que le CNRA avait réaffirmé l’intangibilité des « principes fondamentaux de l’islam » dès août 1957, pour le plus grand bonheur des générations futures. En fait, dans la tactique du « feu de tout bois » qui a toujours été la sienne, Ben Bella enfourcha l’argument religieux à des fi ns politiques.
Ayant perdu la partie, le pouvoir étant désormais entre les mains des dirigeants d’Alger, notamment Abane et Ben M’hidi, ses deux pires ennemis, il contre-attaqua par la surchauffe idéologique en agitant le drapeau rouge des « principes islamiques ».
En face, Abane trouvait normal et nécessaire d’ouvrir le FLN au courant réformiste des Oulémas. Il ne faisait, du reste, que traduire en pratique sa conviction que la libération du pays ne pouvait advenir que dans l’unité sans faille du mouvement national. Stratégie de rassemblement contre utilisation du religieux à des fi ns politiques !
Le rassemblement, c’était précisément ce dont ne voulait pas entendre parler Ben Bella. Pour ce dernier, au contraire, la Révolution est l’affaire du « noyau initial ». Il n’est pas question que les centralistes, les UDMistes et encore moins les réformistes religieux, entrent dans les organes dirigeants du FLN. Même pour un responsable politique aussi averti que Mohamed Khider, ancien parlementaire MTLD, les « enturbannés » n’y étaient pas les bienvenus, car « on ne sait pas à quel moment ils vous trahissent ».
Au demeurant, il y a d’autant moins de mérite à faire de la surenchère dans ce registre, que Ben M’hidi et Zighout qu’on ne pouvait alors suspecter d’un quelconque penchant à la laïcité, étaient présents au congrès du 20 août et avaient cautionné toutes ses décisions.
Abane avait-il vu juste quand il déclarait dans son rapport au CNRA de l’été 1957, que « c’est là un argument démagogique auquel ne croient même pas ses auteurs » ? Sans doute, car, s’agissant de Ben Bella qui fonctionne au grès des opportunités politiques, « les principes islamiques » seront vite oubliés. Il votera sans états d’âme le projet de Charte de Tripoli, y compris dans sa partie traitant de la place de l’islam, où l’on stigmatisa « la nostalgie du passé synonyme d’impuissance et de confusion ».

Une fois au pouvoir, Ben Bella surfera, selon la conjoncture et l’interlocuteur, entre une espèce de communisme primitif et le panarabisme laïc de son modèle égyptien. Il réprimera implacablement le courant religieux, comme le faisait alors le pouvoir nassérien. Il ira même jusqu’à jeter en prison le vieux Cheikh El Ibrahimi, leader de l’Association des Oulémas, dont le moins qu’on puisse dire est qu’il n’était pas alors en mesure de menacer son régime. C’est dire jusqu’où pouvait mener le mimétisme politique. Boulimique et collectionneur d’idéologies, Ben Bella ira même jusqu’à arborer à l’occasion un col Mao qui ne trompera cependant jamais personne.

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